Ne change rien de Pedro Costa, en salles le 27 janvier
Jeanne Balibar n'est pas seulement l'une des plus grandes actrices françaises : elle est aussi chanteuse. Dans un noir en blanc dense, le cinéaste Pedro Costa la suit sur les voies tortueuses de la création artistique…
Ne change rien est d'abord l'histoire d'une amitié entre Jeanne Balibar, Pedro Costa et l'ingénieur du son Philippe Morel. L'histoire d'une amitié et celle d'un deuil : Philippe Morel tenait beaucoup à ce projet – il est décédé bien avant son aboutissement. Le sublime clair-obscur qui baigne tout le film, ou le noir domine largement, recèle d'ailleurs une profonde nostalgie, comme l'évocation d'une présence spectrale. « J'aime beaucoup les films sans acteurs », murmurait Jeanne Balibar en conférence de presse à Cannes en 2009, où Ne change rien était présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. C'est pourtant bien la silhouette élancée de l'actrice, son épaisse chevelure et sa voix grave qui habitent chaque plan du film : Jeanne y joue son propre rôle, celui d'une chanteuse plongée dans l'enregistrement de son dernier album, Slalom Dame (Naive, 2006). Le cinéaste la filme en concert à Tokyo, en studio, en cours de chant...
« J'aime beaucoup les films sans acteurs » Jeanne Balibar
Pourtant, Ne change rien tient à distance les codes habituels du documentaire musical. Le film se fait expérience sensible pour le spectateur, immergé en totale empathie dans les tourments du processus créatif que semblent suggérer les paroles de la chanson d'ouverture : « you're torturing me, you won't let me embrace you » (« tu me tortures, tu ne te laisses pas étreindre »). Longs plans séquences, mêmes accords répétés jusqu'au vertige, fausses notes puis apaisement : dans le plan final, accompagnée de l'excellent musicien Rodolphe Burger, Jeanne chante la douce Rose, dans ses loges avant un concert… La création artistique est une expérience frustrante, douloureuse, faite d'épreuves et de joies intenses : tel est le fil narratif, ténu, du film de Pedro Costa.



