L'ignorance invincible d'Émilie Aussel sonde les émois adolescents
Fiction à mi-chemin entre le présent et le passé, le réel et l’imaginaire, ce court métrage sonde les relations complexes d’un groupe d’adolescents et questionne la forme cinématographique.
Le film débute dans une maison sur les hauteurs de la côte méditerranéenne. Deux jeunes hommes, Noé et Élie, y emménagent et fouinent dans les objets abandonnés par les précédents locataires. Parmi ces vestiges, le journal intime d’une adolescente enregistré sur cassette audio : Anaïs y confie ses émois amoureux et raconte l’inquiétante organisation qui régit son groupe d’amis… Le film fait alterner les deux temps du récit : le présent d’Élie et Noé et le passé d’Anaïs, mis en image sous forme de flashbacks.
À 29 ans, Émilie Aussel est déjà l’auteur d’une vingtaine de films courts, de la vidéo expérimentale à la fiction, en passant par l’installation pour des expositions ou des spectacles. Diplômée des Beaux Arts de Montpellier et de la Villa Arson de Nice (institution nationale dédiée à l’art contemporain), elle étudie ensuite au Fresnoy, prestigieux établissement de formation artistique audiovisuelle. Elle livre ici une œuvre résolument narrative, mais nourrie d’un attachement particulier à la forme, à la matière : les cadres et les sons sont travaillés comme des corps plastiques. Au-delà de l’ancrage dans le réel de son scénario, la cinéaste s’intéresse aux ressentis, aux perceptions, en convoquant une myriade de matériaux abstraits : l’imagination, le passé, un reflet dans l’eau croupie d’une piscine, une voix surgie du néant et dont on ignore tout.
Les séquences de flashbacks disent avec justesse les emportements de l’adolescence, baiser échangé sous les regards hilares de la bande d’amis, exaltations de l’individu qui se construit entre peurs enfantines et violence des rites d’initiation. Cette violence, Émilie Aussel la laisse hors-champ, préférant filmer, avec pudeur et sans jugement, les visages de ceux qui l’exercent. Ces jeunes ignorent tout ou presque du monde adulte mais leur ignorance est invincible : elle est dans la nature même de l’adolescence.



