Entretien avec Valérie Donzelli
Avec La reine des pommes, le fruit défendu prend une saveur burlesque
Plaquée par celui qu’elle aime, Adèle décide de noyer son chagrin dans les bras d’autres hommes. Soit Pierre l’étudiant romantique, Jacques le bourgeois adultère et Paul le séducteur pervers… Sans prétention, avec une bonne dose de finesse et d’audace, La reine des pommes est un détonant cocktail d’amour, de burlesque et de chansons. Dégustation en compagnie de sa réalisatrice, Valérie Donzelli.
Comment est né ce film ?
Je n’étais pas bien dans ma peau, dans ma vie, j’avais besoin de travailler. En tant qu’acteur, on ne peut pas travailler si personne ne vous propose de le faire. J’avais aussi besoin de raconter cette histoire, et de le faire tout de suite. C’était un désir très fort. L’urgence vient aussi de ma volonté de faire des films sans dépendre du système. Le résultat, c’est que
Dans quelles conditions matérielles avez-vous tourné ?
J’ai écrit le film en essayant d’être cohérente avec le fait que je n’avais pas d’argent. On était cinq, acteurs compris. Tout le monde avait des doubles casquettes : j’ai fait la mise en scène, l’actrice, les costumes, le maquillage et les coiffures. Céline Bozon était chef opératrice et première assistante. L’ingénieur du son se retrouvait accessoiriste quand je l’envoyais acheter des tirelires… L’ambiance était assez détendue !
Le choix de confier les quatre principaux rôles masculins à Jérémie Elkaïm découle-t-il aussi de cette contrainte financière ?
Non. Jérémie et moi avions envie qu’il participe à
D’une manière générale, les contraintes vous stimulent-elles ?
Je suis quelqu’un de très angoissé, je n’ai pas confiance en moi mais je n’ai aucun problème pour le passage à l’acte. Je crois que je n’ai pas conscience des difficultés ! Mais je pense que c’est positif : quand on connait trop les choses, on se paralyse. L’idée de la contrainte qui devient créatrice m’intéresse énormément : c’est quelque chose que j’ai appris en étudiant l’architecture. C’était passionnant d’arriver à transformer ces contraintes financières et matérielles en vrai processus de création.
Comment définiriez-vous le personnage d’Adèle ?
Adèle est quelque part entre Bécassine et Charlot, deux personnages que j’adore. C’est une héroïne burlesque, contemplative, candide et très ouverte d’esprit. On peut tout lui faire vivre, elle s’en sortira toujours parce qu’elle est un peu à côté de la plaque. Adèle est une caricature de moi-même. Je n’ai pas vécu les mêmes choses qu’elle mais on se ressemble énormément. D’ailleurs ma naïveté m’a beaucoup complexée dans le passé, tout le monde se foutait de moi parce que je croyais tout ce qu’on me racontait…
Il existe peu de rôles féminins forts dans le registre comique…
Oui, une fille peut se prendre une glace dans la figure, vivre des situations absurdes sans être pour autant un cageot à lunettes ! L’époque de Les hommes préfèrent les grosses est révolue. Je veux montrer les femmes dans différents registres, j’aime beaucoup jouer avec les notions d’emploi et de contre-emploi.
D’où vient l’idée des séquences de comédie musicale ?
Au cinéma, je trouve très difficile d’exprimer le sentiment amoureux. On est vite projeté dans un univers théâtral qui ne m’intéresse pas du tout. Le cinéma c’est l’incarnation, pas la théâtralité. Les chansons sont donc là pour parler du sentiment amoureux : la première raconte comment Adèle a aimé cet homme, la deuxième combien elle a du mal à l’oublier, et la troisième évoque le nouveau coup de foudre, qu’elle croit être sa libération.
Quelle cinéphile êtes-vous ?
Je n’ai pas une immense culture cinématographique, je regarde seulement les films que j’ai envie de voir. J’adore les films de Rohmer pour leur simplicité, l’intelligence des dialogues, j’adore Truffaut… On me dit souvent que La reine des pommes est très référencé à la Nouvelle Vague mais ce n’est pas du tout réfléchi. D’une certaine façon, j’en suis bien sûr imprégnée mais surtout parce que ces cinéastes étaient libres dans leur façon de faire des films.







