Independencia sort au cinéma le 21 avril
Histoires de cinéma par Raya Martin
À seulement 26 ans, Raya Martin fait figure de prodige du jeune cinéma philippin. Avec Independencia, présenté en sélection Un certain regard à Cannes en 2009, il fait dialoguer l'histoire troublée de son pays et celle, mondiale, du cinéma.
Philippines, début du 20e siècle. Alors que l'armée américaine étend son influence en soumettant les populations autochtones, une femme et son fils fuient vers les montagnes et trouvent refuge au cœur d'une forêt luxuriante. Un jour, l'adolescent recueille une jeune fille évanouie, abusée par les occupants américains, et décide de la ramener dans son abri... Après A short film about the Indio Nacional en 2005, Raya Martin signe avec Independencia le deuxième volet d'une ambitieuse trilogie sur la longue et sanglante émancipation des Philippines, colonisées tour à tour par les Espagnols, les Américains et les Japonais.
Si l'histoire d'Independencia est intimement liée à celle des Philippines, il n'est pas nécessaire de connaître cette dernière pour apprécier la beauté du film, tant la forme est ici puissante. Le jeune cinéaste reconstitue impeccablement l'esthétique des films tournés à l'époque qu'il narre : dans un noir et blanc aux contrastes comme estompés par le temps, les regards expressifs des acteurs ressuscitent le charme désuet des premiers muets. Au-delà de ces références aux premiers pas du cinéma, Raya Martin réécrit tout un pan de l'histoire du 7e art : tourné en studio, mêlant décors peints et naturels, son film évoque l'âge d'or hollywoodien aussi bien qu'il rend hommage, dans un final à couper le souffle, aux pellicules peintes du cinéaste expérimental Stan Brakhage. C'est, justement, ce mélange de formes et d'époques qui donnent au propos d'Independencia toute sa force et sa modernité.







