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Entretien avec Dyana Gaye

Un transport en commun, road trip musical au Sénégal

Puisant son inspiration dans l’héritage de sa double nationalité franco-sénégalaise, Dyana Gaye nous embarque en taxi brousse sur les routes accidentées de Dakar à Saint Louis. Plébiscitée aux festivals de Locarno, Toronto ou Sundance, sa comédie musicale sort en salles le 16 juin.

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Comment le film est-il né ?

L’idée de départ du film était de raconter l’histoire de gens qui se rencontrent dans l’habitacle d’un taxi brousse. Cela pourrait être un train, un métro, n’importe quel lieu où les gens sont rassemblés par hasard, juste parce qu’ils ont une destination commune. Comment déclencher la rencontre entre eux, instaurer un dialogue ? C’est ce que permettent la musique, la chanson et la danse.

Quelle place votre double nationalité franco-sénégalaise occupe-t-elle dans votre cinéma ?

Mon histoire de cinéma au Sénégal est liée à ma double identité franco-sénégalaise. Mon envie est vraiment de questionner à la fois le « ici » et le « là-bas », et les points de rencontre entre les deux. En inscrivant mon travail au Sénégal, j’apprends aussi beaucoup sur cette autre culture qui fait partie de moi mais que je ne connais pas si bien : je suis née en France, ma langue maternelle est l’italien...

015_600Vous avez tourné en décors naturels, entre Dakar et Saint Louis. Le tournage a-t-il été compliqué ?

C’était l’enfer ! Il a fallu oublier l’idée d’un tournage très organisé, figé, ça ne marche pas comme ça là-bas… Ma volonté était vraiment de filmer le quotidien, le réel et d’en faire émerger la partie enchantée, musicale. J’avais envie de tourner dans les lieux les plus vivants possibles comme la gare routière qui est au début du film. Je ne fais jamais de casting de figurants, j’ai compris assez vite qu’il faut impliquer les gens qui sont sur place. C’est ce qui donne cette impression de vie : une fois que vous dites «action», il se passe des tas de choses à l’arrière plan, la vie continue. Dans la scène de la gare routière par exemple, il y a un type qui passe en chantant. Plus tard dans le film, dans une séquence musicale, on le reconnait au fond du cadre qui fait les mouvements de danse avec les danseurs : à force de les regarder répéter, il avait appris la chorégraphie.

Vous travaillez avec des acteurs amateurs. Avez-vous fait des castings ?

Beaucoup n’avaient jamais joué. Pour les comédiens français, j’avais écrit en pensant à des gens, chose que j’aime bien faire car cela nourrit vraiment l’écriture. Il y a ma sœur, ma cousine, l’homme qui joue le chauffeur de taxi est un ami de mon père… C’est assez familial finalement ! C’était beaucoup plus compliqué pour les acteurs sénégalais, il fallait trouver des gens qui soient capables de chanter, de s’exprimer avec leur corps, de jouer… Au Sénégal il n’y a pas d’école de cinéma, pas non plus de directeur de casting : on est vraiment parti de zéro. Je voulais aussi garder les imperfections dans les voix, les gestes. Cette fragilité me touche beaucoup, l’énergie est là est c’est avec elle qu’on communique.

011_600De quelle manière avez-vous abordé la musique du film ?

J’avais envie d’aborder la musique de manière assez classique, avec un grand orchestre, parce que mes influences sont du côté de la comédie musicale hollywoodienne. Chaque chanson correspond à un personnage et à un style très différent. Pour moi, la musique doit raconter et prolonger les émotions des personnages. Ce n’est pas parce qu’on est en Afrique que la bande-son doit être composée de tamtams et de koras.

L’Afrique est d’ailleurs rarement filmée avec tant de modernité…

Oui, ça vient aussi des politiques de financement des cinémas d’Afrique. Dans le cas de l’Afrique de l’ouest, ils sont financés principalement par la France et la Belgique, des pays qui ont forcément alimenté pendant des années une représentation folklorique de l’Afrique : les griots, les mariages forcés, les poules qu’on égorge... Cela ne me semble pas refléter l’Afrique. Il y avait une évidence pour moi à ne pas souligner les poncifs sur l'identité culturelle africaine.

Le film est un road trip, chaque personnage est défini dans son rapport à un ailleurs. Le thème du départ est-il important pour vous ?

L’envie d’aller de l’avant me fascine toujours au Sénégal. Malgré les difficultés, il y a une vraie rage de vivre qu’on oublie parfois ici… Pourquoi cette jeunesse n’aurait-elle pas le droit de rêver d’un ailleurs, de voyager ? C’est une question d’émancipation, pas d’immigration : comme nous, qui pouvons tous un jour ou l’autre éprouver le besoin de voyager à l’étranger pour découvrir autre chose. Il y a aussi cet aspect très propre au Sénégal de la migration interne, du nomadisme : les gens sont toujours en déplacement.

Le film est dominé par des personnages féminins très forts…

C’est drôle parce que tous mes précédents films étaient centrés sur des personnages masculins, avec très peu de figures féminines. C’est le premier film où je parle vraiment de femmes. Peut être que je me cachais un peu derrière des paravents jusque là. D’ailleurs mon prochain film sera construit autour de deux personnages principaux féminins.

Voir aussi (fiches films)

 

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