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nousprincessesdecleves_affiche150Nous, Princesses de Clèves en salle le 30 mars

La Princesse de Clèves, la langue de tous les jours

Désir, vertu, renoncement : La Princesse de Clèves raconterait un monde oublié. Le souci d'une femme mariée désirant un autre homme que son époux ; la vertu de l'attente, de la réflexion, de l'indécision ; le renoncement à l'acte d'amour, au présent et au futur. Régis Sauder raconte cette histoire d'hier avec les images d'aujourd'hui.

014_600Une jeune fille quitte son amoureux sous la pression familiale, change de ville et maintient une ambition scolaire. L'histoire du film insiste sur les conséquences à venir d'un choix injustifié. Ainsi, d'entrée de jeu, deux désirs comptent tout autant, le désir de l'autre et le désir de savoir, l'amour et la connaissance. On l'a privée du désir de son amoureux, elle pourrait perdre le désir de la conquête intellectuelle. La pire situation que celle de l'adolescence, où ces deux désirs s'entrechoquent, se concurrencent croit-on, et se disputent pour finir, la priorité. On sait bien qu'on peut s'y perdre. Déjà le désir de l'autre peut suffire à la perdition, si l'on entend par perdition l'inattendu de l'émotion. Alors si ce désir d'autrui se croise avec le désir de savoir... Dur moment pour les filles et les garçons ; et ce diversement, on n'en dira pas plus.

010_600Imaginons un instant qu'ils s'épaulent l'un l'autre, ces deux désirs, et qu'ainsi, comme dans le film de Régis Sauder, ils puissent s'équivaloir. L'équivalence, c'est quand les choses se valent et quand elles s'égalent, quand le texte littéraire sort de la bouche d'un jeune lycéen ou lycéenne quasi naturellement, ou quand son histoire amoureuse s'éclaire tout simplement par le texte de Madame de La Fayette.
J'ai tout dit : dès les premières images du film, on nous suggère qu'il n'y a qu'une seule histoire, celle de la Cour et celle du lycée, celle d'une belle femme noble et celle de la jeune française aux multiples couleurs de peau, de visage, celle des 012_600histoires politiques ou des stratégies amoureuses. Et puis l'équivalence, c'est l'absence de distance, c'est quand on ne sait pas si on est hier ou aujourd'hui, si on entend un texte littéraire ou un émoi de circonstance, si on éprouve un sentiment dit noble ou une sensation de passage. Alors l'équivalence raconte l'égalité, loin des hiérarchies de culture, de sexe, de vie sociale.
Aller voir ce film ? Les héros et héroïnes d'un livre ancien ressemblent aux lycéens et lycéennes d'aujourd'hui dans leur absolue diversité. Aller voir ce film ? Oui, parce qu'on peut se perdre dans la littérature, qui est la langue de tous les jours.
Geneviève Fraisse
Philosophe
 

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