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robertmitchumestmort_affiche150Robert Mitchum est mort, entretien avec les réalisateurs

 "Je suis devenu acteur de cinéma... Je me suis dit que si Rintintin pouvait y arriver, ce serait du gâteau pour moi."
Robert Mitchum

A l'occasion de la sortie en salle de leur film le 13 avril prochain, Yann Gonzalez (journaliste et réalisateur) a rencontré Olivier Babinet et Fred Kihn. Extraits de leur conversation.

Quelles sont les origines de Robert Mitchum est mort ?

Fred : Ce n'était pas dans mes intentions de faire du cinéma. Par contre, je m'en suis toujours inspiré pour pratiquer la photo : je mets les gens en scène, et comme Olivier, j'aime la mythologie de la culture américaine des années 50-70, les chapeaux de cowboys, etc. Et puis un jour, j'ai fait le portrait de Kaurismäki pour Libération. Je n'avais vu aucun de ses films. Je lui demande s'il veut bien faire les photos dans un parking souterrain. Là, il me toise du haut de ses 1m95 sans rien dire, il tourne les talons. J'étais liquéfié, je me demandais ce que j'avais dit de travers. Et brusquement, il revient avec un pack de bières. Il prend le pied de mon appareil, il part vers le 018_600parking, et il commence à faire un show, complètement intenable, prenant un malin plaisir à faire tout le contraire de ce que je lui demande. Puis, au bout d'un moment, il repart sans rien dire, de la même manière qu'il est arrivé. Une fois rentré chez moi, je me renseigne sur le personnage. C'est là que j'apprends qu'il a monté un festival qui passe des films 24 h sur 24 pendant cinq jours à Sodankylä, au Nord du Cercle Polaire, le Midnight Sun Festival. Deux jours après, je croise Olivier qui me demande : « quand est-ce qu'on fait un film ensemble ? ».

Olivier : Je m'étais souvent dit que je voulais faire un film avec Fred, mais je pensais plus à lui en tant que chef-opérateur, par rapport au Bidule et parce que j'aimais bien son approche rapide, efficace et sans chichis, de l'image. Ce soir-là, on a parlé de la photo de Libération et de son, puis de notre envie, de partir au festival de Sodankylä avec une caméra pour essayer de revoir Kaurismäki.

010_600Fred : J'imaginais davantage un voyage filmé. Alors j'ai proposé à Olivier de traverser l'Europe pour aller à Sodankylä en jouant avec les gens rencontrés en chemin. Tout de suite, Olivier m'a dit : « ça pourrait être un comédien et son manager qui partent là-bas ». Et le soir même, Igor, notre producteur, nous donnait son feu vert en nous aidant à financer le voyage d'écriture. Quelques semaines plus tard, nous étions au volant de sa voiture : direction le cercle polaire.

Olivier : On s'est mis à écrire, on a fait une affiche et un synopsis. On voulait partir très vite et tourner avec deux caméras vidéos. Mais on a fini par totalement basculer du côté de la fiction, même si c'est au retour du voyage que l'écriture du scénario a vraiment démarré. Ensuite, il s'est écoulé 5 ans... Le chemin a été long entre l'idée de départ et sa réalisation.

Comment s'est déroulé ce premier voyage ?

Olivier : On n'a jamais réussi à rencontrer Kaurismäki, son assistante nous disait qu'il n'était pas là, que sa boîte avait des problèmes. Et puis on était un peu déprimé en arrivant à Sodankylä, qui ne ressemblait pas à grand-chose. On s'est retrouvé dans ce festival au bout du monde à regarder un film de Godard à trois heures du matin, ou un film muet accompagné d'un orchestre russe, tout en étant hantés par le fantôme de Kaurismäki. Puis le charme a commencé à agir, grâce aux groupes de rock qui venaient jouer tous les soirs, à la lumière du soleil à trois heures du matin, et surtout à la vodka ! On est également passé par la Pologne. Je venais de lire l'autobiographie de Polanski, et on s'est arrêté à l'école de Lodz que le recteur nous a fait visiter. Il nous 015_600a montré des courts de Polanski, de Skolimowski, et surtout un film incroyable, Welcome Kirk, avec Kirk Douglas - qui était d'origine polonaise - en visite à Lodz dans les années 60. Les étudiants avaient fabriqué un décor de western un peu cheap, et on les voit jouer aux cowboys avec Douglas. Il fait semblant de leur tirer dessus, il leur apprend à faire des cascades... On a fini par transposer ça dans le film.

Fred : Nous étions très réceptifs durant ce voyage, beaucoup de personnages, de situations, de lieux existent. Ils ont juste été redessinés.

(...)

Le film est indissociable de son environnement musical, et du psychobilly en particulier.

Fred : La musique est le vivier de nos influences.

Olivier : A l'origine du travail de beaucoup de cinéastes, il y a le rock - je pense notamment à Lynch, Jarmusch, Kaurismäki, John Waters... Moi, à 16-17 ans, je faisais partie d'un groupe aux influences punk-psychobilly à Strasbourg. J'avais une banane, des slangs, des creepers... Les Screaming Kids, qui jouent dans le film, viennent aussi de Strasbourg. À l'époque, c'était des durs à cuir, ils étaient très respectés parce qu'ils avaient sorti un disque en 017_600Angleterre. Le psychobilly est une musique qui s'inspire du cinéma de genre, de la série B et Z. Les paroles racontent des histoires de zombies, de mutants...

Il y a beaucoup de clins d'œil aux films de genre et aux séries B des années 50, mais la plupart du temps ce sont des références sonores, comme si les films devenaient une matière musicale.

Olivier : C'est parti d'un de mes disques fétiches qu'on écoutait en écrivant le scénario : une compilation de musiques de films noirs, avec des extraits de dialogues. D'où le disque de Franky et le dialogue de Fatal Angel qu'il connaît par cœur. Et puis ce qui m'a donné envie de faire du cinéma, c'est de mettre de la musique sur des films. Je suis entré dans le cinéma « par l'oreille ». Je me souviens des premiers courts-métrages que j'ai faits à Strasbourg, quand j'étais ado. On projetait des diaporamas, des bobines Super 8, et je passais des disques sur les images - les Beastie Boys, Bernard Herrmann, la B.O. de La quatrième dimension...

012_600Fred : Les genres musicaux se sont aussi imposés d'emblée. Lors de notre premier voyage en voiture, on écoutait le rock des Cramps, mais aussi des morceaux d'Animal Collective. Du coup, dans Robert Mitchum..., la musique composée par Etienne Charry oscille entre le rock et des plages plus planantes.

Olivier : En plus de la musique orchestrale du film, Etienne a créé plein de faux groupes pour le film. Le morceau yéyé sur Saint-Tropez, c'est lui, mais il a aussi composé une chanson allemande dans le style de Grauzone, une musique de film noir, un morceau en hommage aux Cramps et puis la musique électronique, archaïque et mystérieuse, jouée par Douglas.

(...)

 

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