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enville_affiche150Le film de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer vu par Télérama

En ville, en salle le 27 juillet

L'adolescence, encore et toujours. On pourrait s'en lasser, mais non, c'est un genre en soi, revivifié à chaque bon film. Valérie Mréjen et Bertrand Schefer, tous deux écrivains, l'abordent avec le goût des mots et du silence, celui qui plane dans ces lieux désertés, ZAC et autres no man's land d'une ville portuaire. C'est là que Jean, photographe plasticien quadra (Stanislas Merhar) sillonnant la région pour son travail, croise Iris (Lola Créton), une adolescente qui se cherche.

010_600Entre eux se noue une étrange relation. Un jeu d'amitié amoureuse où les rôles supposés de chacun, l'aguerri et la novice, sont brouillés, parfois inversés. Jean, lui aussi, erre, en attente de quelque chose. Chacune de leurs rencontres est émaillée d'antiphrases, de dialogues en forme de questionnaire proustien, de pensées exprimées avec une pointe de détachement triste.

Hors de cette bulle excentrée, il y a la vie sociale, avec ses contraintes (le boulot, les études), ses réunions de famille. On fait connaissance avec des proches - la compagne de Jean, assistante vacante et un peu collante, un garçon amoureux transi d'Iris, et puis ce confident de la jeune fille, nihiliste brillant, qui semble tout droit sorti d'un film de Jean Eustache. Le film connaît quelques éclairs burlesques, dont cette scène de repas abracadabrante, où l'un des convives jette un froid en apportant des ormeaux et passe en cuisine pour les aplatir au marteau...

Un pressentiment de disparition parcourt le film. L'influence d'Antonioni est assumée, comme dans un exercice d'admiration, la divagation sentimentale d'Iris et de Jean rappelant celle de L'Eclipse. Lola Créton (Un amour de jeunesse) émeut par sa force secrète, tandis que Stanislas 012_600Merhar réveille le souvenir du Dutronc de Sauve qui peut (la vie), de Godard. Tous deux sont beaux à voir, dans leur manière d'affronter la fatigue de vivre, conforme au morceau en apesanteur de The Cure, Seventeen Seconds, chuchoté par Robert Smith à la fin.

Jacques Morice

 

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