"Cheminots" diposnible en DVD
Le film de Luc Joulé et Sébastien Jousse continue sa route...
Après un parcours en salle impeccable, le film référence sur la réorganisation du travail à l'heure de l'ultra libéralisme, Cheminots de Luc Joulé et Sébastien Jousse, sort en DVD. Ou comment l'abandon dans le modèle libéral du "travailler ensemble" pour le compte du seul échange commercial, remet en question la façon dont nous concevons notre projet de société.
Le 17 novembre 2010, la sortie de Cheminots a été largement saluée par la presse. Particulièrement pour la rigueur et la sensibilité d'un film qui permet de découvrir la formidable organisation humaine que nécessitent, au quotidien, le transport ferroviaire et l'ampleur des bouleversements en cours à la SNCF dans la perspective de la fameuse mise en « concurrence libre et non faussée» dictée par la Commission européenne.
Parallèlement, de nombreux articles ont souligné le rôle aussi inattendu qu'essentiel du Comité d'Etablissement Cheminots de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui, en initiant la production de ce film, a rendu possible que les deux cinéastes, Luc Joulé et Sébastien Jousse, puissent pénétrer au sein de cet établissement public, aux spots de pub omniprésents, mais dont, au fond, le public ne connaît rien. Pour nous présenter ce voyage au cœur des « trains fantômes » qui ne peut qu'alarmer sur la situation de l'entreprise, tant elle paraît, sur bien des points, au bord de la rupture.
Bien sûr, il ne s'agissait pas d'une sortie hollywoodienne, mais en 6 mois d'exploitation, environ 20 000 spectateurs se sont déplacés dans les salles de cinéma et, comme nous l'espérions, de nombreux débats se sont organisés (dans plus de 120 villes) sous l'égide, le plus souvent, des comités d'établissements cheminots régionaux, mais aussi de sections syndicales et d'associations.
Ni film de lutte, ni film d'entreprise. « C'est bien plus qu'un documentaire ! » remarquent de nombreux spectateurs.
Les cheminots se reconnaissent pleinement dans les témoignages des protagonistes qui expriment leur doute, leur désarroi, mais également leur combativité face à la remise en question de leur rôle au service du public et à la détérioration de leur rapport au travail. Ils apprécient que leur parole puisse enfin être entendue et comprise à l'extérieur de l'entreprise.
Les usagers-citoyens accèdent, souvent avec étonnement et respect, aux coulisses du réseau. Ils prennent également conscience des deux forces contradictoires en présence. D'une part, la culture de solidarité des cheminots inhérente au principe de continuité du service et, de l'autre, la volonté d'une réorganisation visant à filialiser les activités, à compartimenter les métiers et à isoler les personnes. La mise en concurrence ainsi poussée parfois jusqu'à l'absurde provoque la dégradation de l'entretien et du fonctionnement du réseau, le mal être des salariés et, en définitive, interroge les fondements mêmes du système républicain.
D'autres prises de parole fréquentes concernent les processus similaires, à l'œuvre aussi bien à EDF/GDF, à la Poste, à l'Hôpital qu'à l'Education nationale...
Au cours de tous ces débats et sur toutes ces questions, cheminots comme usagers ont ressenti le plaisir et l'utilité de se rencontrer. L'enjeu pour beaucoup d'entre eux étant clair : seul un rapport de force les rassemblant pourra déboucher sur une véritable alternative.
La sortie du DVD participe de ce débat national déclenché dans les salles de cinéma sur l'avenir du chemin de fer en France et en Europe. Il permettra à celles et ceux qui n'ont pas encore vu le film de prendre la mesure de ce qui se passe réellement à la SNCF, aux autres, de le revoir et de le faire découvrir.
En bonus, chacun pourra visionner Les Réquisitions de Marseille - mesure provisoire, le premier documentaire de Luc Joulé et Sébastien Jousse, à l'origine de Cheminots, qui relate l'histoire, malheureusement gommée de notre mémoire collective, de la plus importante expérience de contrôle ouvrier, menée en France, à la Libération, sous la responsabilité de Raymond Aubrac nommé, par le Gouvernement provisoire, Commissaire de la République à Marseille.







